RACP - Site officiel des Chiens Pyrénéens

La prédation sur troupeaux est une réalité à laquelle les éleveurs peuvent être confrontés à tout moment. Les attaques sur troupeaux caprins et ovins par des chiens errants, c'est-à-dire abandonnés ou ayant échappé provisoirement à leurs propriétaires, provoquent bien plus de mortalité que les attaques de loups largement plus médiatisées.

Même si aucune statistique précise n’existe sur le sujet, il est probable que sont concernés plusieurs dizaines de milliers d’animaux chaque année contre moins de 4000 animaux victimes du loup en 2005.

Les chèvres ou les brebis tuées ou blessées lors des attaques de loups sont remboursées en application de la loi.

Par contre lors d’attaque de chiens errants, le dédommagement est quasiment impossible, puisque la charge de la preuve est l’affaire de l’éleveur victime de la prédation. Les propriétaires de ces chiens, en raison du caractère d’errance de ces derniers, sont le plus souvent introuvables et aucune indemnisation n’est alors possible.

C’est ce constat qui m’a conduit à acquérir mon premier chien Montagne des Pyrénées.

Origines des chiens Montagnes

Le Montagne ou « Patou » est un chien de protection français sélectionné depuis des millénaires dans la chaîne des Pyrénées pour défendre les troupeaux contre les attaques de l’ours et du loup. C’est dans cette région que se trouvent aujourd’hui encore les meilleurs élevages de chiens Montagnes qui ont su conserver les qualités de la race. Il faut bien reconnaître que l’aspect travail est passé en second plan des préoccupations des éleveurs actuels. Seuls les chiens inscrits au Livre des Origines Françaises (LOF) peuvent prétendre à l’appellation de Montagne des Pyrénées qui garantit leur qualité et leur ascendance sur plusieurs générations. Les chiens au travail sur troupeau et sans ascendance connue peuvent néanmoins être inscrits à titre initial au LOF après avoir été examiné par un juge compétent en la matière.

Je suis persuadé pour l’avoir testé que les Montagnes issus de lignées dites « de beauté » sont tout à fait capables d’être mis au travail compte tenu de l’atavisme de protection très fort qui existe dans cette race depuis des millénaires. D’ailleurs des éleveurs américains rapportent que des chiens adultes, initialement de compagnie, se mettent immédiatement au travail lorsqu’ils sont mis en présence d’un troupeau bien qu’ils aient été élevés dans un environnement totalement différent. Pour moi, le débat « beauté » contre « travail » n’a pas lieu d’être dans la race Montagne des Pyrénées. En terme de sélection, il est d’ailleurs évident qu’il faut travailler avec des chiens de race pure pour fixer les caractères fonctionnels liés au travail de protection.

Ma première chienne est issue d’un couple de Montagnes, inscrits à titre initial, au travail dans un élevage ovins/caprins. Malheureusement il est apparu très tôt qu’elle avait un problème de dysplasie qui m’a conduit à la faire stériliser. J’ai donc choisi mon deuxième puis mon troisième chiens sur leurs origines familiales, la rusticité et la beauté de la lignée. Mes chiens vivent en montagne, dans les Alpes de Haute Provence, à 800 m d’altitude. Je possède une troisième chienne qui m’a été offerte par un berger. Elle est sans origine mais travaille très efficacement sur troupeau.

Comportement au troupeau

Avant toute chose il est essentiel de comprendre comment et pourquoi travaillent les chiens de protection. C’est le maître qui doit être éduqué afin de laisser à son chien la liberté de travailler efficacement. Les Montagnes ne se dressent pas. D’instinct ils connaissent leur rôle. Il n’y a pas de mauvais chiens, simplement des maîtres qui manquent d’expérience dans la conduite des chiens de protection. Le maître doit cependant toujours conserver la place de leader Alpha pour ses chiens. Dans une meute, le chien Alpha n’utilise jamais la brutalité pour se faire respecter. Il faut agir de même avec des Montagnes. Pour manifester sa dominance l’éleveur peut mettre le jeune chien sur le dos ou bien lui envoyer du jus de citron dans la gueule afin de le corriger. La position de leader peut être renforcée par le fait de manger devant son chien et de le nourrir ensuite.

Eu égard à leur fonction de protection, les Montagnes sont intelligents et indépendants de caractère. Leur territoire de protection s’étend aussi loin que porte leur vue, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes. Ils doivent agir à bon escient en toutes circonstances. Ils ne sont pleinement adultes, physiquement et mentalement, qu’à l’âge de trois ans. Il ne faut donc pas trop demander à un jeune chien et lui laisser le temps de mûrir dans son rôle.

Les chiots passent par une phase de découverte du monde en mordant tout ce qui est à leur portée. Il est bon de leur donner à ce moment-là des jouets spécialement adaptés à cette fin. Il faut leur interdire de mordre tout autre objet. On peut également appliquer une substance amère sur les objets en question pour les repousser. Les bouteilles d’eau en plastique de 1,5 litre débarrassées de leur bouchon et de leur étiquette font d’excellents jouets !

Les chiots font toujours des bêtises. Cela fait partie du processus d’apprentissage, il faut essayer de garder son calme car les Montagnes se souviennent très bien des mauvais traitements. Il est nécessaire de préserver une bonne relation entre l’éleveur et ses chiens pour en garder le contrôle.

Selon les individus l’instinct de garde et de protection demande plus ou moins de temps à se mettre en place. Un désintérêt du jeune chien pour le troupeau n’est pas alarmant mais il est important que le chien reste avec les animaux dans la pâture ou dans la chèvrerie. L’instinct de protection et le lien avec le troupeau se développent avec l’âge. Les femelles semblent se mettre plus rapidement au travail. Le léchage de la vulve des chèvres par le chien sans qu’il soit rejeté, est un très bon signe de son intégration au troupeau. Néanmoins si le chien ne joue pas son rôle à l’âge de 2-3 ans, il ne sera jamais un chien de protection efficace.

Le chiot ne doit pas être éloigné du troupeau et surtout pas introduit dans la maison ou autorisé à jouer avec les enfants.

Les Montagnes ont tendance à s’échapper pour inspecter le voisinage. Ceci fait partie de leur instinct de protection mais est dangereux si le chien traverse des routes ou rencontre d’autres chiens. Ces escapades ont en général de bonnes raisons d’être même si elles n’apparaissent pas clairement au maître. Découvrir la cause permet la plupart du temps de résoudre le problème. Les Montagnes peuvent même délibérément choisir de passer à travers une clôture électrique en prenant un choc afin de poursuivre un chien errant. Il faut réellement une très bonne clôture pour les retenir en sécurité dans le périmètre de l’exploitation. Les Montagnes sont même capables d’escalader une clôture ou une barrière. Les chiennes ont tendance à être moins fugueuses que les mâles. Il ne faut jamais punir un chien qui revient vers vous après une fugue, bien au contraire, il faut le féliciter. Habituer le chien à revenir au coup de klaxon de la voiture peut vous éviter de longues heures de recherche.

Ma première chienne a été introduite directement à l’âge de 7 semaines dans le troupeau. Pendant quelques jours elle a été mise à l’abri dans un enclos pour que les chèvres puissent l’observer car elles n’avaient jamais vu de Montagnes. Par la suite elle a pris l’habitude de dormir la nuit avec les chevrettes et s’est intégrée ainsi de façon progressive à l’ensemble du troupeau. Pour cette première introduction j’ai respecté les recommandations d’usage, à savoir ne pas être trop familier avec le chiot afin de favoriser son attachement au troupeau.

A son arrivée, il est préférable que le chiot ne soit pas mis en contact avec de trop jeunes animaux qu’il pourrait considérer comme des compagnons de jeux. Dans ce cas des risques de morsures existent notamment sur les oreilles des chevreaux ou des agneaux. Il est également déconseillé d’introduire un chiot dans un lot de chèvres ou de brebis suitées qui pourraient le charger sans ménagement. Le mieux est encore de mettre le chiot en présence de chevrettes ou d’agnelles dont la curiosité facilitera la mise en contact.

Les jeunes chiens doivent aussi apprendre à respecter les autres animaux de la ferme (volailles, chats, porcs …). Cela n’a jamais posé de problème chez moi. Ils intègrent tous les habitants de la ferme, animaux et personnes, au troupeau dont ils assurent la protection. Les chiens suivants ont simplement été mis en contact avec le troupeau dans la chèvrerie et ils ont adopté le comportement de ma première chienne devenue adulte. Par contre je me suis montré familier avec eux dès leur arrivée sur l’exploitation et je n’ai pas constaté de différence de comportement. Au bout de quelques mois, les jeunes chiens restent naturellement avec le troupeau sans essayer de me suivre lorsque je laisse les animaux. Les Montagnes sont habitués à respecter la clôture électrique dès leur plus jeune âge.

Les chiens sont également habitués très tôt, pour des raisons pratiques, à rester attachés à une chaîne. Enfin le seul ordre que je leur enseigne « ça suffit » est celui de se taire lorsqu’ils aboient trop longtemps. Les Montagnes aboient, notamment la nuit, pour avertir les prédateurs de leur présence et les repousser. Leurs aboiements sont toujours justifiés mais une fois que je suis averti de la raison pour laquelle ils aboient (arrivée d’une personne étrangère ou passage d’un animal sauvage par exemple), ils doivent s’arrêter sur mon ordre. Il existe différents types d’aboiements. Celui qui signifie qu’une chose ou un animal n’est pas à la bonne place, une chèvre échappée d’un enclos par exemple. Celui qui accueille un ami ou une personne connue. Celui du chien au travail qui dit « n’approchez pas de la clôture ». Dans ce dernier cas le chien, qui s’interpose entre l’élément étranger et le troupeau, peut passer de l’aboiement au grondement pour être plus dissuasif voire à l’attaque en cas d’agression manifeste.

Il est souhaitable que les chiens arrêtent d’aboyer sur un ordre du maître. Si le jeune chien persiste à aboyer malgré tout, on peut l’asperger sur la gueule avec un pistolet à eau pour lui intimer l’ordre de se taire.

Utilisation des chiens

Mes 4 chiens (1 mâle et 3 femelles) sont utilisés pour la protection de mon troupeau de chèvres, jour et nuit, quand celui-ci est à la ferme (bâtiment ouvert sur une aire d’exercice) et lorsque les chèvres sont au pâturage dans des grandes parcelles clôturées (4 fils électriques). Lorsque je conduis mes chèvres au pâturage dans les bois, les chiens précèdent le troupeau de plusieurs centaines de mètres pour repérer un danger éventuel. Lorsqu’ils ont terminé leur reconnaissance, ils reviennent naturellement se coucher prés du troupeau.

Les chiens vivent en permanence à l’extérieur de la maison, soit dans la chèvrerie, soit en plein air la plupart du temps dans le parc des chèvres. Il n’y a que la pluie qui les pousse à se mettre à l’abri dans le bâtiment. Ils ne craignent absolument pas les grands froids et peuvent dormir en plein air couchés sur le sol par -10 °C.

Jusqu’à présent les chiennes n’ont jamais sauté par-dessus la clôture ce qui leur serait très facile. Par contre le mâle, de plus en plus dominant avec l’âge, ne respecte plus ces limites. Quand il sort de l’élevage pour faire une tournée d’inspection dans les alentours il revient au troupeau au bout de 20 minutes ce qui reste néanmoins problématique en raison des risques d’accident sur la route. Autour de l’exploitation l’utilisation de chiens de protection est signalée par des panneaux indicateurs afin de prévenir notamment les randonneurs de leur présence et du comportement à adopter en cas de rencontre : laisser le chien approcher pour qu’il identifie l’intrus, s’éloigner calmement du troupeau et surtout tenir son chien en laisse. Les Montagnes n’ont aucune raison d’attaquer des promeneurs si ces derniers restent calmes et non agressifs envers les chiens et le troupeau. Mon mâle Montagne a participé à plusieurs expositions canines. Il s’est toujours montré très à l’aise en toute circonstance, ne faisant preuve d’aucune peur ni agressivité dans un milieu qui lui est pourtant totalement inconnu.

Symbiose du chien et du troupeau

A l’époque des mises bas les chiens sont présents à chaque naissance sans que cela dérange les chèvres. Ils participent tous au séchage des chevreaux en même temps que la mère. Ils consomment le placenta dès son expulsion. Ce léchage par les chiens augmente les chances de survie des chevreaux en évitant leur refroidissement et en les stimulant. Il est particulièrement important quand les chèvres mettent bas à l’extérieur des doubles ou des triples car elles ne peuvent s’occuper que d’un chevreau à la fois. Pendant les deux semaines qui suivent la délivrance, les chèvres ont des écoulements de sang correspondant à la vidange de l’utérus. Les chiens nettoient quotidiennement la vulve des chèvres limitant ainsi en été les attaques de mouches sur la queue des animaux et plus généralement les infections et leur propagation.

En cas d’avortement, les chiens détectent rapidement la chèvre concernée. En consommant totalement les fœtus expulsés et les écoulements, ils préservent de la contamination par les microbes le milieu dans lequel évolue le troupeau. Il est légitime de se poser la question de la destruction de ces microbes dans le tractus digestif des chiens qui pourraient eux-mêmes contaminer le milieu avec leurs excréments ? A cette question, la réponse est simple puisque les chèvres sont repoussées par l’odeur des excréments de chiens et ne s’approchent donc pas des zones où ils ont l’habitude de faire leurs besoins. Dans mes conditions d’élevage, j’ai constaté que ces zones sont en général bien délimitées dans l’espace. Les chiens ne souillent donc pas de grandes surfaces de pâturage avec leurs déjections.

Cette symbiose peu ou pas décrite et que j’ai découverte entre les chiens et le troupeau est pourtant d’une grande importance. Les chiens sont complètement intégrés au troupeau. Leur présence est rassurante pour les chèvres et dissuasive pour les prédateurs.

Les chiens participent à la protection du troupeau et au maintien de son bon état sanitaire. En contre partie, ils consomment les produits des mises bas, fluides et placentas qui sont particulièrement riches en minéraux et en vitamines.

Lorsque des chevreaux meurent, les chiens les consomment également. Il semble que ce soit dans le but d’éviter que le cadavre n’attire des prédateurs. Il ne faut pas sanctionner ce comportement par peur que les chiens s’attaquent ensuite à des chevreaux vivants.

Alimentation

Il est important que les chiens de protection soient nourris correctement de façon à pouvoir faire leur travail efficacement. Des chiens mal nourris peuvent aller jusqu’à tuer des chevreaux ou des agneaux pour compenser une carence alimentaire. Des distributeurs de croquettes placés hors d’atteinte des chèvres sont une bonne solution.

Pour nourrir mes chiens j’utilise uniquement des croquettes. C’est le même aliment qui est donné à tous les chiens quel que soit leur âge. Sa composition est la suivante : 25 % de protéines – 15 % de matières grasses.

Les adultes qui travaillent en reçoivent 900 g par jour en 2 repas matin et soir.

Ces quantités peuvent être augmentées de 300 g par jour en hiver selon la rigueur des conditions climatiques.

Les Montagnes mangent régulièrement les crottes et le fumier des chèvres ainsi que de l’herbe.

Quelques conseils pratiques

Depuis que les chiens sont avec le troupeau, je dors tranquille ! Et cela n’a pas de prix. Les éleveurs devraient être sensibilisés au fait d’utiliser des chiens de race au tempérament et au comportement plus stables. Les lignées suivies à travers leur pedigree apportent également plus de garanties au niveau santé notamment sur le sujet de la dysplasie de la hanche ou du coude qui peut handicaper fortement les animaux dans leurs déplacements. Il est préférable de travailler avec un couple de chiens. Deux chiens sont indéniablement plus efficaces. En tout état de cause recourir à des chiens stérilisés, mâles et femelles, reste encore le plus simple au quotidien et n’entrave en rien l’efficacité au travail.

Pour un nouvel utilisateur la meilleure solution est de démarrer avec un jeune de 6 ou 7 mois, né au troupeau et éduqué par ses parents au travail de protection. Quand celui-ci aura atteint l’âge de un an, on pourra lui adjoindre un chiot dont il assurera alors l’éducation.

Le Montagne des Pyrénées se retrouve en protection dans le monde entier notamment en Amérique du Nord où il est très utilisé par les éleveurs de chèvres confrontés à de nombreux prédateurs sauvages (coyotes, loups, ours, pumas). C’est un chien remarquable dont les qualités méritent d’être mieux comprises et plus reconnues dans notre monde caprin.

Un chiot inscrit au LOF et issu d’une bonne lignée vaut entre 800 et 1200 € selon sa qualité et celle de ces géniteurs.

Mathieu MAURIES